mardi 15 novembre 2011

JEANNE D'ARC au cinéma

Mercredi 16 novembre, Jeanne d’Arc reprend du service dans les salles obscures avec la sortie de Jeanne Captive. A la tête des armées à 17 ans, brûlée vive pour hérésie à 19, Jeanne d’Arc fait partie de ses figures historiques dont la vie fut de multiples (trop de) fois adaptée sur grand écran. En 1900 déjà, les frères Lumières et Georges Méliès y consacraient leurs premières œuvres. Retour sur ces films qui ont consacré au ciné la pucelle d’Orléans.


JEANNE CAPTIVE de Philippe Ramos (2011) 
Avec Jeanne captive, Philippe Ramos va à la rencontre de la jeune fille qui se cache derrière son armure. Il choisit ainsi de se centrer sur la fin de sa vie et la déleste du poids de la guerre. Reste une jeune fille esseulée et prisonnière, trimballée d’un endroit de détention à un autre, à qui il ne reste que Dieu pour pleurer. Fantasme de jeunes ados dans Harry Potter et la coupe de feu puis incarnation même de la « french touch » dans Gossip Girl, Clémence Poésy opère un virage à 180 degrés en revenant en France. Dans le silencieux Jeanne captive, elle est toute en pleurs et en introspection. Sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs au dernier festival de Cannes, le film est jugé bancal, meilleur sur le fond que sur la forme. Bref, il ne captive pas.


JEANNE D’ARC (TV) de Christian Duguay (1999) 
Téléfilm canadien, basé sur des écrits historiques, Jeanne d’Arc est la plus plausible des adaptations de la vie de Jeanne. Ici, elle n’a rien d’une guerrière fanatique mais est une fille pieuse et posée qui grâce son courage et son charisme prend la tête des armées. Avec ses bataille épiques à la Braveheart et son casting de folie (Jacqueline Bisset, Peter O’Toole, Shirley MacLaine…), Jeanne d’Arc cumule 25 prix internationaux et 13 nominations aux Emmy Awards. Leelee Sobieski, la plus jeune actrice à avoir incarné Jeanne, est nommée aux Golden Globes Awards.



JEANNE D’ARC de Luc Besson (1999) 
Après Léon ou Nikita, Luc Besson place de nouveau une femme au centre de l’action. Sous motif de réaliser un manifeste contre la guerre, le réalisateur français signe un trip psychédélique qui recouvre la vie de Jeanne, de son enfance à son procès. Cette pure fiction est surtout un prétexte pour mettre en avant son épouse et sa muse de l’époque Milla Jovovich. Sous les traits de l'ancien top model, la pucelle d’Orléans se mue en garçon manqué au look androgyne, en guerrière hallucinée perpétuellement ébahie. Un critique cinématographique a même déclaré avec humour à la sortie du film : « Luc Besson a réussi à faire ce à quoi les Anglais ne sont pas parvenus en 500 ans : faire passer Jeanne d'Arc pour folle ».


JEANNE LA PUCELLE de Jacques Rivette (1994) 
Avec Jeanne la pucelle, Jacques Rivette brosse en réalisme et stylisation le portrait d’une femme et de ses convictions en deux parties. Après ses faits d’armes dans « Les batailles », le réalisateur dépeint le calvaire de son incarcération dans « Les prisons ». Le procès ne fait l’objet dans  Jeanne la pucelle que d’un bref traitement. Rivette préfère mettre en avant le chemin de croix d’une jeune fille cherchant à accomplir son devoir guidé par la foi. Il ne cherche jamais à la faire d’elle une sainte ou l’héroïne qu’elle est devenue aujourd’hui dans l’imagerie commune. D’ailleurs, il ne la met pas jamais en avant. Sous les mains de Rivette, Jeanne n’est qu’une protagoniste de la guerre contre les Anglais.


PROCES DE JEANNE D’ARC de Robert Bresson (1962) 
La version de Robert Bresson s’en tient à ce que l’histoire a retenu (il s’est exclusivement basé sur les textes des procès de condamnation et de réhabilitation). Il en donne toutefois une vision personnelle, s’intéressant à la personnalité de Jeanne, jeune fille orgueilleuse voire insolente, habitée par la grâce. Prix spécial du jury au Festival de Cannes de 1962 (ex aequo avec L’éclipse de Michelangelo Antonioni), Procès de Jeanne d’Arc se démarque des autres versions par sa singularité. Ce petit film d’1h05 ne réunit que des acteurs non-professionnels. Avant d’être comédienne, Florence Carrez-Delay qui incarne Jeanne, est écrivaine (membre de l’Académie française depuis 2000). Souvent comparé à Dreyer dont le film est aussi centré sur le procès, Bresson interdit toute comparaison considérant son film très éloigné des « bouffonneries grotesques » de La passion de Jeanne d’Arc.


SAINTE JEANNE d’Otto Preminger (1957) 
Inspiré par la pièce de théâtre de George Bernard Shaw, Otto Preminger en a toutefois modifié la structure pour raconter la vie de jeanne sous forme de flashbacks (après sa mort, Jeanne est accueillie dans l’au-delà par Charles VII. Tous deux se souviennent de son ascension et de sa chute). Jugé froid et austère, Sainte Jeanne est également critiqué pour ses infidélités faites à l’œuvre originale. Les critiques n’apprécient pas non plus qu’il occulte la responsabilité de l’Eglise dans la condamnation de Jeanne au bûcher (Preminger venait de se convertir au catholicisme). Le film vaut tout de même pour la scène du bûcher ultra réaliste. Pour celle-ci, Preminger poussera la jeune Jean Seberg choisie parmi plusieurs milliers de postulantes, dans ses retranchements. La rumeur dit même que l’actrice qui a alors tout juste 17 ans aurait été réellement brûlée aux mains et à la tête. Face à un tel dévouement, la critique est unanime : une star est née.


JEANNE D’ARC de Victor Fleming (1948) et dans JEANNE AU BÛCHER de Roberto Rossellini (1954) 
Avant d’interpréter Jeanne d’Arc, Ingrid Bergman en a rêvé des années. Au final, elle l’incarnera quatre fois. En 1948, Maxwell Anderson adapte au cinéma sa pièce de Broadway à succès : Joan Of Lorraine. Ingrid Bergman déjà Jeanne sur scène (elle fut d’ailleurs récompensée d’un Tony Award) reprend le rôle sur grand écran. Résultat : l’actrice est nommée aux Oscars mais connaît une traversée du désert qui ne trouvera fin qu’en 1956 avec Anastasia. Conçu comme un film à grand spectacle à consonance spirituel, Jeanne d’Arc remporte un succès moyen. Les critiques le trouvent lent et trop bavard. Même Fleming, dont c’était le denier film, se dira déçu du résultat final. En 1954, c’est au tour de Roberto Rossellini de s’attaquer au mythe. Le réalisateur italien fasciné par l’oratorio Jeanne au bûcher d’Arthur Honegger et Paul Claudel, en donne quelques représentations à Naples et Paris avec son épouse, l’actrice suédoise dans le rôle-titre (c’est leur cinquième film ensemble). Il s’attaque ensuite à son adaptation cinématographique. Ingrid Bergman qui avait 33 ans sur le film de Fleming en a désormais 39. Jeanne au bûcher à l’instar des réalisations de Rossellini n’est pas un succès mais les critiques sont dithyrambiques.


LA PASSION DE JEANNE D’ARC de Carl Theodor Dreyer (1928) 
Film muet conçu comme un parlant, La passion de Jeanne d’Arc se concentre sur le procès de son héroïne. Et plus particulièrement, sur la force de sa foi face aux institutions. Dans un huis clos étouffant, la passion de Jeanne fait écho à celle des premiers martyrs de l’Eglise. La scène du bûcher apparaît comme une libération. Carl Theodor Dreyer qui s’est basé sur les comptes rendus du procès livre un monument du cinéma. Un chef d’œuvre qui fut une épreuve pour Renée Falconneti. L’actrice racontait que le réalisateur la forçait à s’agenouiller sur des pierres pour mieux filmer la douleur de Jeanne. Une prestation saluée par la critique, classée 26ème plus belle performance de tous les temps et 1ère performance dans la catégorie film muet par le magazine américain Premiere.

3 commentaires:

Anonyme a dit…

J'aime beaucoup votre présentation de tous ces films : juste une remarque, je ne pense pas qu'il y ait eu trop de longs métrages biographiques - et parfois hagiographiques - sur Jeanne.
Il manque ici une allusion au film de Marco de Gastyne : La merveilleuse vie de Jeanne d'Arc avec Simone Genevois.
Mais je vous félicite : votre critique est pertinente.
Pour mon compte, je tire l'échelle après Jacques Rivette, parce qu'il colle au texte et ne s'écarte pas de l'Histoire. Les Procès de condamnation et de réhabilitation ont été sa référence. Il a juste manqué de moyens financiers et de figurants pour faire un grand film. C'est dommage : il est le plus authentique. Même si Sandrine Bonnaire n'a pas le physique de l'emploi, elle en a le caractère, la psychologie et la force.
Francois Sarindar

ANIKAM a dit…

J'ai vu quelques-uns de ces films.

Moi aussi, je préfère celui de Rivette à la fois très beau et très sobre – cela serait donc dû à un manque de moyens financiers ? Je l'ignorais et je trouve que c'est très bien ainsi ! Et que cela ne l'empêche pas d'être un grand film ! Au contraire, j'aime ce dépouillement, la photo, les couleurs, la musique ancienne qui accompagne. J'apprécie qu'il n'y ait pas trop de scènes de combat.

Sandrine Bonnaire est excellente, comme toujours. Elle est une Jeanne humaine et émouvante. Comme je ne sais pas comment était vraiment Jeanne d'Arc physiquement : grande ? petite ? blonde ? brune ? traits réguliers ou non ? Sinon qu'elle s'était fait couper les cheveux et portait une armure, je ne peux pas constater que l'actrice "n'a pas le physique de l'emploi", et cela, en tout cas, ne me gêne pas dans le film…

Anonyme a dit…

@Anicam

Jeanne d'Arc mesurait 1m61 ou 1m62. Elle était donc très grande comparativement aux femmes de cette époque.
On connaît sa taille parce qu'un patron de robe commandé chez un tailleur, à son nom, a été retrouvé et authentifié.
Parmi les meilleurs ouvrages consacrés à Jehanne, je peux vous conseiller les 2 derniers livres de l'historienne mediéviste Colette Beaune: Jeanne d’Arc (2004)+ Jeanne d’Arc: Vérités et légendes (2009).